Printemps de Funérailles



Auteur : ALEXANDRE-FRITZ KAROL

L’histoire : Vingt ans que s’éternise la guerre entre la Ligue de Skarland et l’Empire anscaride. Mais les arcano-technologues, les sorciers à la botte de l’empereur Hagen, ont mis au point de nouvelles armes qui ne tarderont pas à écourter le conflit : les dragonnefs.
Vingt ans aussi que Luther Falkenn court après les criminels. Mandaté par un richissime banquier nain pour mettre la main sur des documents volés, il se rend à Solmost, où la Ligue fait face à une pression grandissante : soutenues par les dragonnefs, les armées de l’empereur approchent de la cité. Pas de quoi faciliter la tâche de Falkenn et de son acolyte Boniface, félin aux pouvoirs mystérieux, à la langue bien pendue et au caractère de cochon. D’autant que dans la folle course aux armements qui les oppose à l’empereur, les dirigeants de la Ligue s’apprêtent à commettre l’irréparable en libérant une antique divinité.
Et Falkenn, qui croyait traquer un vulgaire voleur, va devoir affronter un adversaire revenu de l’au-delà.

Extrait :
— Ne vous aurait-on pas remis une enveloppe à mon nom ?
— Hein ? Oh ouais, c’est vrai…, se souvint le capitaine en extrayant à grand-peine une enveloppe scellée de la poche intérieure de sa vieille vareuse usée. Un commis de la Banque Scramasaxe s’est pointé avec ça c’matin peu avant l’embarquement. J’devais vous l’donner uniquement après qu’on a appareillé, puis ça m’est sorti d’la tête.
— Quelle surprise…, marmonna Falkenn.
— C’est marrant, poursuivit le marin. Vous avez pas tellement l’genre des mecs qui bossent habituellement pour le Nabot. Vous êtes dans quelle branche ?
— L’élagage d’employés trop curieux, répliqua Falkenn en arrachant l’enveloppe des mains du capitaine.

 

Mon avis :
J’ai été rapidement happée par les pages, embarquée par le rythme de l’intrigue et le duo atypique de personnages principaux. 
Une histoire riche et complexe, évoluant dans un univers soigné avec des éléments originaux: j’ai très bien visualisé les décors, les différentes parties de la cité et leurs ambiances respectives.
La plume est fluide, parfois acérée car teintée d’un certain réalisme, j’ai vraiment apprécié les touches d’ironie et d’humour sarcastique au milieu des passages plus noirs. L’auteur mêle avec succès les fils délicats des complots de pouvoir et les scènes plus violentes (les combats ne se font pas dans la dentelle, âmes sensibles attention !). Certaines tournures de phrases sont particulièrement réussies et les dialogues sont très vivants dans l’ensemble.

À noter qu’il y a beaucoup d’informations au début sur la politique, la guerre en cours, les différentes factions et alliances, etc. mais le fil conducteur se suit aisément. Cependant je pense que je n’ai pas su apprécier à sa juste valeur toutes les subtilités politiques et la complexité de l’univers.
Je me suis à un moment demandé si je ne lisais pas un tome 2 au lieu d’un tome 1, car j’étais surprise par l’épaisseur de « l’arrière-plan ».
La montée en puissance jusqu’à la fin du roman m’a tenue en haleine, même si le dénouement se déroule presque trop brutalement. Les questions trouvent leurs réponses, la cohérence se tient mais j’ai trouvé curieux le choix de mettre en avant certaines scènes alors que j’attendais plus de détails ailleurs (je ne peux en dire plus sans spoiler, rien de grave pour autant).

Au final une lecture addictive dans un univers original qui vaut le coup d’oeil, portée par une plume qui se démarque.
Si jamais un tome complémentaire est prévu, je serai ravie d’en apprendre plus sur ce monde et les évènements antérieurs.

Ce roman fait partie des Finalistes pour le Prix des Auteurs Inconnus 2020 (catégorie Imaginaire).


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Tous les matins elle boitait

Auteur : MÉLINDA SCHILGE

L’histoire : Paris, années folles. Jeanne n’est pas une jeune femme comme les autres. Elle aime les automobiles et autres mécaniques du moment, le cinéma, cet art mineur qui perce encore difficilement – alors que son père est peintre. Une fois en âge de se marier, elle s’intéresse peu aux hommes contrairement à ses amies et en vient à se demander si elle saura aimer. De plus, elle vient de se découvrir une famille en Alsace qui parle une langue que l’on pourrait confondre avec de l’allemand, alors que cette région est censée être heureuse de retourner dans le giron français.

Touchée par les violences extrémistes de l’entre-deux-guerres, comment va-t-elle concilier ses balbutiements dans une vie conjugale avec des convictions qui la mettent en porte à faux avec sa famille, et sa mère en particulier ?

Extrait : À toi je peux le dire : je voudrais aimer mes racines françaises et mes coutumes alsaciennes, sans avoir à rejeter tous les Allemands. J’ai la fenêtre grande ouverte et les gouttes tapotent le Suffel en contrebas. Je voudrais qu’elles m’emmènent jusqu’à la ville. Il me semble que les gens d’esprit, ceux de l’université, échappent à ces dilemmes. Leurs idées s’envolent au lieu de s’enterrer dans nos campagnes. Mais qui tiendrait la maison quand ma mère travaille à la poste ? Et surtout comment trouver un bon parti dans un univers où je ne serai qu’une étrangère ?  


Mon avis : Un roman au style narratif oscillant entre « tranche de vie » et « journal intime », l’accent est surtout mis sur des moments particuliers, avec des périodes plus ou moins ellipsées. Le début semble un peu décousu, ensuite les choses s’installent et l’on rentre davantage dans l’histoire. La plume est fluide, plutôt soignée, et laisse la première place aux émotions.
Il existe une forme de mélodie dans les mots (avec quelques phrases assez poétiques), le rythme est un peu berçant sans pour autant être ennuyeux. L’auteure semble s’être bien documentée, j’ai été surprise de voir la politique de l’époque être aussi détaillée sans que cela n’arrête la lecture.
Au final les années de guerre n’occupent pas la plus longue partie du récit, on est surtout dans les évènements d’avant, puis d’après. Le fait de centrer sur une famille permet de rester ancré dans l’histoire. 
La fin m’a laissée un peu détachée. Pour moi, l’histoire s’est terminée au moment où l’on est revenu en 1968. La suite je l’ai ressentie comme une annexe (ce n’est pas péjoratif), j’étais moins impliquée dans l’ambiance.


Cette lecture m’a permis de voir une époque que je connais mal sous un angle différent, avec une plume agréable et un style un peu inhabituel. Ce fut une expérience intéressante, même s’il y a des subtilités qui m’ont sans doute échappé.

Le Réseau Alice



Auteur : KATE QUINN

L’histoire : Angleterre, 1915. Eve Gardiner, est recrutée comme espionne. Envoyée dans le Nord de la France, sous domination allemande, elle est formée par l’intrépide Lili, nom de code : Alice. Chaque jour elles luttent à leur façon contre l’ennemi, au péril de leur vie.
Trente ans plus tard, hantée par la trahison qui a provoqué le démantèlement du réseau Alice et la mort de Lili, Eve, devenue alcoolique, vit recluse.
Jusqu’au jour où une jeune américaine vient taper à sa porte pour lui demander de l’aider à retrouver sa cousine, disparue en France pendant la dernière guerre. Un nom ressort de l’ombre : Le Léthé.
Pour Eve c’est une lueur d’espoir….celle de la revanche.

Extrait :
— Le capitaine Cameron penserait-il vraiment cela de moi ?
— Peut-être pas, c’est un « decent chap » comme vous autres, Anglais, aimez le dire. Mais j’ai entendu d’autres officiers anglais parler ainsi de femmes comme nous.
    Eve étouffa un nouveau juron. Jurer, comme fumer, devenait plus facile. Sa chef de réseau la dévisageait d’un regard énigmatique. Exprimait-il du pragmatisme ? Du chagrin ? De la fierté ? Elle aurait été incapable de le dire.
— C’est ainsi, reprit-elle, non sans tristesse. C’est vraiment un sale métier, ne trouvez-vous pas ?

 

Mon avis : une lecture très fluide, j’ai plongé directement dans l’histoire malgré le petit temps d’adaptation car le récit oscille entre deux époques. Cette alternance permet justement de lever un peu la pression : les passages relatant la vie d’espionne de Eve sont souvent intenses et difficiles (âmes sensibles attention, cf TW à la fin). J’ai surtout été impressionnée par le personnage de Lili, qui a réellement existé en la personne de Louise de Bettignies.
La romance qui se situe dans la partie plus « moderne » de l’histoire ne m’a pas dérangée, elle apporte un souffle plus léger qui en séduira certains (pour ma part j’ai préféré la partie « historique », qui m’a plus happée malgré sa noirceur).
Certains évènements secondaires sont restés dans le flou, j’aurais aimé plus de détails sur quelques points. Cependant le roman est déjà dense (650 pages), tout développer aurait été compliqué.

Au final une bonne lecture, un sentier qui m’a émue et donné l’envie de découvrir d’autres héros/héroïnes de l’ombre, de leur redonner une place à la lumière.

TW : torture, avortement, violences.